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La 5°édition du Grand Raid 1997 : Patrick Maffre, ce héros ...

   Favori de la course depuis l'annonce du forfait de Philippe Marie Louise (le triple vaiqueur de l'épreuve), Patrick Maffre a remporté l'édition 97 du Grand Raid. Au bout de 15h40 d'efforts sur les 125 km d'un parcours chaotique, le coureur de la Plaine des Cafres a devancé Pascal Parny.
  A la Grande Chaloupe, les arrivées se sont égrenées (jusqu'au dimanche après-midi) comme un chapelet d'amitié et autant de morceaux de bravoure. Pour tous les concurrents fanchissant la ligne d'arrivée, le Grand Raid est un rendez-vous magnifique, infiniment difficile, mais qui vaut tellement la peine d'être vécu (et vaincu !).




   classement édition 1997 ...  


Témoignage d'un "survivant" du Grand Raid 97

Nous ne nous étions pas couchés aussi tôt que prévu ce soir là. De nos belles paroles, "couché à 5h (de l'après-midi)", il ne restait pas grand chose. L'adrénaline était là, l'envie de partir aussi. Toutes ces préparations et un doute, une incertitude plus profonde que le "trou de fer" : arriverions nous au bout.

Avant de dormir une vision fugitive sur le chaos qui règnait alors dans la maison. Une coureuse, deux coureurs, deux parents inquiets pour leur fils, une épouse inquiète pour son amour sans parler du petit Robin, quelques mois !

Le matériel amoncelé partout dans le salon était impressionnant et, à vrai dire, je me demandais toujours ce que j'avais bien pu oublier : les nombreux sacs, étiquettes pour certains, nous attendraient aux différentes étapes contenaient l'essentiel : ravitaillement et affaires de rechange. Des petits détails qui ont une importance cruciale après des km de course.

C'est sur cette vision apocalyptique, le cerveau tournant a 100 à l'heure que je fermais les yeux.

Quelques heures plus tard justement, vers 2h, le réveil sonne et nous nous activons. Seuls les coureurs étaient sensés se réveiller mais, bientôt, c'est toute la maisonnée qui participe aux préparatifs et fait ses adieux aux coureurs.

Nous sommes à peine prêts que, dans la cour, on entend une voiture s'approcher. Nous sortons et embarquons, une coureuse et un coureur de plus pour un total de 5.

C'est un bon nombre me dis-je, comme les doigts d'une main. Mais je nous savais de niveau très différent et donc que ce groupe ne durerait pas. Qu'importe, l'important c'est d'y croire !

L'arrivée au Cap Méchant est très tendue, des embouteillages, pas de place pour garer la voiture suffisent à faire monter le ton au sein de la voiture. La plus rapide, de peur de manquer le départ, quitte la voiture avec pertes et fracas pour aller prendre place sur la ligne de départ.

Sans être pressé (qui est pressé de faire 125 km ?) je tiens a dire que mon cœur battait fort en ce moment car, pour rien au monde, je n'aurai voulu rater ce départ !

Enfin, patiemment, au ralenti même, nous nous garons et courons jusqu'à l'enregistrement. Quelle foule, quel fête mais quels fous me dis-je. Ou suis-je. A quatre heure du matin. la pale clarté de la lune contraste avec les ballons lumineux placés au voisinage de la ligne de départ. La musique est forte et les rythmes tropicaux réveillent mon esprit.

En passant pour nous placer, je salue quelques connaissances sans pour autant fanfaronner. S'il y a de la joie, je sens aussi une angoisse sourde en chacun de nous : allons nous réussir ce pari ? Plus possible de reculer, simplement une place à trouver au sein de cette marée humaine...

Nous nous tenons fermement par le sac à dos pour ne pas nous perdre et avançons vers la ligne quand le compte à rebours commence. Et tout le monde de reprendre à l'unisson

10 . . .
 9 . . .
 8 . . .

Le silence entre chaque chiffre est peut-être le fruit de mon imagination. Toujours est-il qu’à ces moments de silence je me sens seul. . .

7 . . 6 . . 5 . 4

Tout semble s'accélérer et la foule trépigne d'impatience. Je ne suis pas le dernier à jouer du pied...

3 . 2 . 1 ... 0

Contrairement à tous mes beaux discours : " Ce n'est pas la peine de partir en courant, 125 km, il faut se ménager, etc. " l'ambiance est telle que, dès le coup de feu donné, je m'élance, infime partie de cette vague inhumaine qui part à l'assaut de son rêve...

Passé les premières minutes, je trouve un rythme rapide, très rapide même pour un 125 km. Néanmoins, avec mes compagnons, nous décidons de forcer le pas pour mettre derrière nous le gros de la troupe. L'un d'entre nous s'échappe en tête, et nous voilà trois.

En commençant la montée sur le volcan, vénérable géniteur du bout de terre qui nous soutient, les jambes sont raides et nous exhalons de la vapeur à qui mieux mieux en attendant les premiers rayons de soleils. Le rythme est toujours bon et nous dépassons allègrement de nombreux coureurs, certains éclairent leur route a l'aide de lampes, alors que d'autres économisent leurs réserves et habituent leurs yeux à l'obscurité. Je suis de ceux là, essayant désespérément de faire de l'obscurité mon élément...

Les passages difficiles commencent lorsque nous quittons la route forestière. Alors seuls ceux qui ont le pied sûr peuvent courir et je me retrouve derrière une file humaine qui me semble alors ininterrompue. Mes compagnons doublent allègrement mais je ne me sens pas l'esprit "parisien" ce jour là et je prend simplement ma place dans ce trafic tout à fait inhabituel.

Ceci faisant je fais la course seul quoiqu'environné de centaines de gens ayant un objectif similaire. Mon esprit vagabonde de ci de la alors que le premier poste de contrôle se présente. Après je sais que les choses seront encore plus sérieuses : pente plus raide, forêt détrempée, chemin de racines et de boue et ma foi je prend des forces et de l'eau en profusion.

L'enfer. Des bouchons se forment car certains n'ont pas l'expérience du terrain et par dizaine on attend patiemment que le chemin soit un peu plus large afin de les doubler.

Que leur reprocher : ils font leur course , nous aussi. Le jour se lève mais à l'ombre des arbres ce n'est qu'un pâle reflet de ce que j'attendais. La température s'élève un peu ce qui est assez agréable.

C'est alors que je rencontre deux compagnons d'entraînement et ils m'invitent à leur emboîter le pas. Pas de marche, de la course. Commandos marine me dis-je en les suivant.

Je m'étais promis de ne pas courir dans les montées pour me ménager mais l'invitation est trop tentante après ces bouchons. Alors nous commençons à dépasser ce monstrueux serpent humain. A la sortie de la forêt tropicale, l'astre du jour resplendit et nous révèle un magnifique spectacle : cette chenille inhumaine semble s'étendre jusqu'à la mer.

Une fois les cratères secondaires du Piton de la Fournaise atteints, le rythme se fait plus rapide car la pente est moindre et le sol constitué de scories volcaniques ce qui rend la piste beaucoup plus praticable. Le soleil et le changement d'allure nous réchauffent drôlement. Trop me dis-je car je sais que la Plaine des Sables nous attend et que la chaleur sera bel et bien mon ennemie.

Arrivée à Foc Foc. Un drôle de nom, même avec le recul, et déjà il est temps de se faire contrôler et c'est reparti. Mes ravitailleurs personnels m'attendent à la route du volcan, à quelques km de là. Je ne voudrais pas les faire attendre !

J'avoue chercher mes compagnons mais ils ne faisaient pas partie de ceux que je doublais ce jour là. Après deux ou trois relais avec les commandos pour maintenir une bonne allure c'est la route du volcan qui s'étend sous nos yeux…

C'est la fête : des danseur, des danseuses, un orchestre traditionnel et des échassiers assurent le spectacle.

Au stand, je me fais appeler par mon prénom et avec la perte de lucidité, je me demande comment cette charmante personne (elle me proposait à manger !) me connaît avant de me rappeler que mon prénom est écrit en gros sur mon ventrard (par opposition à dossard !). Excellent !

Je retrouve mon père alors occupé à me filmer "en plein effort". Mes amis militaires et moi nous nous séparons : chacun vers son ravitaillement, chacun sa route.

Un lit de camp, de l'eau et des vêtements propres m'attendent. Là, je retrouve mes amis, prêts a repartir. Ils ont juste quelques minutes d'avance.

Je décide de continuer avec eux et je ne change que mes chaussettes et mon T-shirt. Pas de massage ni de changement de tenue malgré le lit fort accueillant ! Déjà la sueur et la transpiration nous rendent assez inhumains mais je repars quelques minutes après eux bien décidé à les rattraper.

Je cours afin de les rattraper et en cet instant, au beau milieu de la plaine des sables, un sentiment d'éternité s'empare de moi. Je cours sans effort au beau milieu d'un paysage lunaire et je ne vois personne.

Au détour d'un piton je vois mes cibles et accélère derechef pour ne pas les faire attendre plus longtemps car ils ont assurément réduit leur allure pour m'attendre. La barrière de l'oratoire Sainte Thérèse se rapproche et se fait de plus en plus impressionnante.

Qu'importe, un réel plaisir m'envahit lorsque je retrouve enfin, après une demi journée de course, mes compagnons d'aventure.

Nous allons alors assez vivement, tant que le sol est à peu prêt plat et égal. Les scories entrent dans nos chaussures et la chaleur irradiée par le sol nous réchauffe la plante des pieds mais bientôt nous ralentissons l'allure car une paroi presque verticale nous fait face.

La montée se fait tranquillement. Là haut la vue est magnifique, tant sur la plaine des Cafres qui nous attend que sur la plaine des sables et le volcan que nous venons de gravir.

Personnellement, je n'aime pas cette partie du parcours : une descente jusqu'à la Diligence et un parcours très roulant, beaucoup de routes et donc beaucoup de monde. Qu'importe, il faut le faire !

En route pour le piton Textor ou nous attend notre ravitaillement !

Déjà, Benoît traîne un peu la patte mais tient bon. à piton Textor, le père de Françoise est là, la femme et le bébé de Benoît ainsi que mes parents. On ne peut rêver meilleur encouragement.

Benoît à mal au genou mais est décidé à continuer. étirements difficile des mollets déjà assez tendus et une bonne pause d'une dizaine de minutes. Nous repartons chacun à notre rythme en se donnant rendez vous à la Diligence, étape de " grosse bouffe " qui précède la montée aux contreforts du piton des neiges.

Mon Père fait ce trajet très roulant avec moi et nous maintenons un bon rythme (du moins me semble-t-il) au milieu des champs et des troupeaux. Le temps semble se couvrir. Certaines mauvaises langues diraient qu'il pleut toujours à la plaine des Cafres !!

Arrivée à la Diligence j'y retrouve Alain qui, parti plus vite que nous à Cap Méchant attend pour se faire masser. Le traditionnel pointage et un bon repas. Françoise est là et je me fais masser avec un réel délice les . . . pieds (rien à voir avec une fiction, pulp ou autre !!). Benoît arrive et son genou ne va pas mieux, le faisant souffrir horriblement. Kiné dans la vie il se fait masser, c'est le monde à l'envers.

Nous décidons de repartir tout de même et ce d'autant plus rapidement que les nuages sont là et, avec l'humidité et le soleil maintenant voilé le froid se fait mordant (moins de 15 degrés avec vent et brume ...). Alain abandonne, une grande douleur au genou lui fait craindre le pire. Benoît nous suit sachant que le prochain point de ravitaillement est à 15 km après une descente très éprouvante ! Malheureusement la situation ne s'améliore pas et après avoir essayé, Benoît décide d'abandonner. Nous sommes navrés de cette situation et si nous essayons de le convaincre de continuer, nous sentons que le coeur n'y est plus. Après nous avoir souhaité bonne chance il nous "chasse" et c'est avec un serrement de coeur que nous le laissons accoudé à une barrière en quête d'un téléphone cellulaire pour appeler de l'aide. Nous avançons alors assez tristement quoiqu'assez rapidement pour échapper au froid qui, psychologique ou non, nous glace proprement les os. Françoise et moi ne disons mot pendant de longs km, cherchant intérieurement à expliquer l'inexplicable : comment 50% des troupes ont abandonné alors que l'entraînement s'était bien passé. Je ressasse dans ma tête diverses paroles concernant la différence entre la théorie et la pratique mais c'est plus pour ne pas sombrer dans la déprime que pour ajouter foi à ses maximes ! Le paysage ne déroulait pas vraiment sous nos yeux (le brouillard masquait tout) et bientôt nous arrivons dans une montée raide et difficile (échelles) qui sollicite toute notre concentration et nous empêche de penser ! Arrivé en haut, à quelques centaines de mètre du Piton des Neiges, point culminant de l'île, la descente infernale vers Cilaos, par Bras Rouge commence. Avant ça un poste de contrôle et un ravitaillement chaud. Chaud mais pas assez car ici, à plus de 2000 m, le soleil disparaît derrière la montagne et la pénombre rafraîchit encore cette froide journée assombrie par la diminution de notre groupe.

   Alors nous ne traînons pas et repartons derechef vers la crête. Une courte montée à découvert et nous sommes au bord du gouffre. Je prend la tête et commence à descendre rapidement avant de trouver une concurrente qui avait beaucoup de difficultés. Elle nous laisse gentiment passer et je continue cette véritable descente aux enfers. Marchant, trottinant, courant, escaladant les échelles. Je prends même un ou deux raccourcis dont les créoles ont le secret… Françoise me presse alors de ralentir l'allure car la prise de risque n'est pas rentable. Il est vrai qu'à cet instant, ma perte de lucidité était grande et que je courrais pour courir et me sentir libre, sans appréhension certes mais sans conscience du danger également ! A ce moment un groupe très lent est devant nous et nous sommes obligés de réduire encore l'allure. Quelques centaines de mètres plus bas, un homme vient de faire une chute. Cet événement m'affecte assurément plus que je ne le montre et je remercie intérieurement Françoise pour sa modération : cela aurait très bien pu être moi, là en bas ! Pourtant le temps presse car la lumière décline de plus en plus rapidement et j'ai perdu mes repères lors de cette course folle.

Un très long temps s'écoule et certains allument leur lampes. Par principe la mienne reste dans le sac, j'espère tellement être en bas sous peu ! Un peu qui dure longtemps mais, soudain, le petit ruisseau que j'ai déjà traversé de nombreuses fois est là. Il est temps de repartir plus rapidement et en souhaitant bonne chance au groupe, nous le quittons pour aller à notre pas. Nous sommes alors très vite en bas : la station de pompage, la route forestière puis la route ! Le chemin a été modifié à la dernière minute pour éviter de descendre dans la Ravine Bras-rouge : les organisateurs ont jugé le chemin trop dangereux pendant la nuit ! Grand bien leur prit !

Alors, nous profitons de cet asphalte plan et large pour courir et ainsi nous délasser un peu de cette horrible descente. La ville de Cilaos se dresse alors sous nos yeux et la croix de l'église, tout de bleu illuminée, prend un nouveau visage. Je retrouve mon père, qui après le désormais traditionnel contrôle, nous guide jusqu'à l'hôtel où nous avons une chambre. Les clients du restaurant nous regardent avec un air ahuri quand nous entrons et je pense que notre regard devait être assez vague voire inquiétant devant ce déluge de lumière, d'odeur et de civilisation. Les marches sont raides et difficiles à monter ou peut-être est-ce nos jambes ? Mais une fois la haut le bonheur de s'asseoir sur un lit compense allègrement tout cela. Une bonne et longue douche efface les rigueurs de la journée et c'est avec un appétit féroce que j'attaquais le riz et l'espadon. Ensuite des massages depuis les mollets jusqu'au cou et aux épaules ont fini de me redonner une figure humaine. Françoise, également métamorphosée, était prête à reprendre la route après un changement de chaussure : pour la route nocturne, nous avions tout deux opté pour de solides chaussures de marche qui assurent une meilleure tenue de la cheville et protègent des faux pas.

Le départ se fait lentement car la nuit est très noire et notre corps n'est plus habitué à travailler ! Nous descendons dans la ravine qui précède une des grosses difficultés de l'épreuve : le col du Taïbit. Nous remontons la ravine et apercevons de timides lumières sur la montagne : de vaillants concurrents attaquant sans complexe ce monument ! Un incident de parcours se produit alors : la semelle de la chaussure de Françoise s'est détachée ! Impossible de continuer d'autant plus que la situation risque d'empirer. Je lui fais un bandage de fortune à l'élastoplaste et, au poste de contrôle qui précède la montée au Taïbit nous rendons nos ventrards pour retourner à Cilaos chercher une autre paire de chaussure. Là je croise le médecin chef, mon supérieur direct à l'unité marine qui ne semble pas en grande forme. Il est redescendu du Taïbit après de nombreuses crises d'hypoglycémie. Il abandonnera peu après. Nous avançons sur la route bien décidé à ne pas nous laisser abattre. Pourtant je rumine et maudit le sort qui à fait lâcher cette maudite godasse ! La chance est avec nous car à mi parcours, nous arrêtons une voiture qui roule vers Cilaos. A son bord deux créoles étonnés et surpris à qui nous racontons cette abracadabrante histoire. Des habitués car la vitesse à laquelle ils roulaient force le respect (de 80 a 100 km/h). Chaque virage faisait crisser les pneus et on sentait la voiture chasser de manière contrôlée. Ravis de descendre de cet engin de mort, ravi de marcher à nouveau, nous revoilà à l'hôtel.

Changement de chaussures, et c'est reparti, emmenés par mon père à une allure plus raisonnable. Nous reprenons nos ventrards et attaquons le Taïbit.

Là encore Françoise tempère mon enthousiasme et mon allure : vite, trop vite certainement. Après quelques centaines de mètres de montée, nous apercevons du coté de la Plaine aux Fraises des dizaines de raideurs, couchés sur le bord du chemin dans leur couverture de survie.

Parmi eux le capitaine d'arme de mon unité qui aura mis huit heures à monter jusqu'au Taïbit après de nombreuses pertes de connaissance dues à des crises d'hypoglycémie à répétition. De l'importance du mental quand le physique ne suit plus. Nous arrivons en haut où un concert improvisé de djumbé nous guidait. Tout le monde nous félicite et on aperçoit un peu de la majesté du cirque de Mafate, célèbre car aucune route n'y mène encore. La descente est relativement aisée et c'est à Marla que nous faisons une pause. Contrôle oblige. Nous allons alors nous restaurer (il doit être environs minuit) et trouvons la salle fort remplie : de nombreuses personnes dorment là, d'autres attendent leur café. Nous prenons place et l'attente est un peu longue. Françoise commence à piquer du nez et je ne me sens moi même pas beaucoup mieux. Je décide de repartir car il n'est pas dans nos plans de dormir. En tout cas pas ici. Françoise me suit donc, plus qu'à moitié endormie. Au cours de cette véritable traversée du désert nous n'avons pas rencontré grand monde. Un petit groupe qui ne savait comment traverser une ravine et a bénéficié de notre connaissance du terrain, un coureur qui s'était trompé de chemin et qui en voyant nos lumières est revenu sur le droit chemin et a bénéficié de notre éclairage.

Après la Plaine des Tamarins et sa montée assassine, avant la sortie de Mafate par le col et ses rondins traîtres et glissant un poste de contrôle et de ravitaillement très sympathique qui insufflait de la joie et du soleil dans le coeur des marcheurs endormis.

La descente dans Salazie quoique pas aussi difficile que celle sur Cilaos est longue en temps normal et interminable la nuit. Je ne garde pas de souvenir précis de cette période à part celui d'avoir frisé la chute à deux ou trois reprise malgré le rythme lent et sûr choisi par Françoise plus réveillée que moi. L'adrénaline qui est libérée à ces instants là suffit à me tenir éveillé et conscient pour plus d'une demi heure. Le sentier boueux et piétiné par des centaines de personnes est glissant et traître mais nous ne lâchons pas le morceau.

Lorsque le jour se lève, la luminosité croit peu à peu dans la ravine et c'est un moment féerique absolument renversant. La fatigue de la nuit s'évanouit au moment où les ombres des montagnes proches s'affichent avec une indolence consommée sur la paroi opposée dans des tons pastels.

Ravigoté par cette magie blanche, c'est presque en courant que l'on finit cette descente dans la forêt de filaos, le tapis végétal semble alors bien doux sous nos pieds. Arrivée à Salazie, l'équipe de soutient moral est là en la personne du Père de Françoise et de mes parents.

La halte est longue car nous redoutons la Roche Ecrite. Nous prenons le temps de manger convenablement, de se laver et de se faire masser par les kinés volontaires de l'organisation.

Lorsque nous levons les yeux vers la muraille qui nous attend en cherchant désespérément quel tortueux chemin grimpe jusqu'à notre septième ciel, l'angoisse est là bien que nous n'en montrions rien. Nous devisons plutôt de choses et d'autres avant de se décider à repartir…

Au début je pars rapidement, pressé d'en découdre avec ce géant. Encore un fois mon équipière tempère mon enthousiasme. Grand bien lui prit !

La différence fondamentale avec les entraînements effectués provient de deux choses : primo la chaleur qui commence à être proprement accablante (10h du matin) secundo la fatigue accumulée lors de la journée précédente (plus de 30h de course),

Alors je pourrais dire que ce passage a été le moment le plus difficile de ma vie mais cela n'apportera pas grand chose. Toujours est-il que la chaleur tapait fort et que la seule chose qui me préoccupait était le pas suivant, puis le suivant, puis le suivant,...

Je n'ai pas compté car toute lucidité s'était évaporée comme ma sueur au soleil. Je suivais la forme devant moi qui faisait de nombreuses haltes pour me permettre de suivre le rythme. Certains pas ont duré longtemps, j'en suis sûr. Pourtant nous n'étions pas les seuls et je me souviens avoir doublé quelques malheureux concurrents.

Je ne peux pas dire que ça aide. Quoique si, tout est bon à prendre dans ces moments difficiles et, assurément, l'ego est une composante importante du mental, une composante pleine de ressource.

Je ne pensais qu'à l'arrivée en haut de cette montagne qui devenait de plus en plus sacrée à mes yeux.

Les câbles fixés sur la paroi pour aider le grimpeur, mon point de repère (15 minutes avant le sommet) ne se montraient pas et j'étais à sec d'eau.

Dur dur ! Mais un randonneur descendait et je lui ai demandé de l'eau tout en faisant une pause. Ce dernier m'a fort gentiment donné sa bouteille. Il nous a dit que les câbles étaient à au moins une demi-heure de marche et j'avoue que cela m'a profondément démoralisé. Qu'importe, il me peinait encore plus de descendre que de monter !

En fait, à peine 10 minutes après cette eau venue des Dieux, les câbles apparaissaient et je bénissait tout en maudissant ce promeneur pour nous avoir trompé. Mais Dieu, que ce mensonge nous à fait plaisir !

La fin est tranquille et la dernière marche (1 m !) nous mène au sommet. Là des jeunes gens nous proposent à boire tout en nous félicitant : l'arrivée n'est plus qu'une question de temps. Personne n'a jamais abandonné entre la Roche Ecrite et Saint-Denis nous disent-ils !

Néanmoins je préfère attendre un peu, non par masochisme, mais pour profiter pleinement et consciemment du moment où cette eau fraîche et gouleyante à souhait descendra dans mon palais.

Après quelques étirements, et un retour au calme, j'accepte avec plaisir et laisse descendre ce divin nectar. Vraiment, à plus d'un titre cette montagne est sacrée me dis-je.

Nous nous reposons, mangeons un peu (surtout moi!) et repartons en trottinant sur ce haut plateau. Il faisait chaud, certes mais assez rapidement la forêt de tamarin géants nous abrita avant d'affronter à nouveau la chaleur lorsque nous longeons le cirque de Mafate.

Le chemin, espèce de montagne russe en terre cuite ne cesse de monter et descendre sur la ligne de crête. Par moments, une fenêtre naturelle se fait dans la cime des arbres et l'on aperçoit Mafate, tout en bas. Cette vision est superbe et réellement impressionnante.

Le rythme est bon même s'il reste, mine de rien, une vingtaine de km. Nous nous faisons doubler par bon nombre de concurrents qui, sentant la ligne d'arrivée proche mettent le turbo. Nous décidons de n'en rien faire. Peu nous importe de courir vite, nous préférons réussir l'impossible !

Le chemin nous paraît bien long jusqu'à ce que nous rejoignions la route forestière. Là ravitaillement en règle et on retrouve mon père venu en éclaireur. Françoise ne peut plus rien avaler depuis quelques kilomètres et cela me soucie un peu. Je lui fait consciencieusement boire du coca dès que j'en ai l'occasion : du sucre, du sucre et encore du sucre me dis-je !

Séance de massage pour Françoise et longue séance d'étirements pour moi. Mon père fait la route avec nous jusqu'au chemin aux goyaviers.

Là nous avançons de plus en plus vite, bien à l'ombre. Au sortir de celui ci, avant d'arriver à la Montagne, deux malotrus nous bousculent presque pour nous doubler : énervé je me propose de les rattraper mais Françoise me retient. La route est encore longue.

Nous passons en ville et après le poste de contrôle, le dernier tronçon, les derniers kilomètres nous attendent, dans le Chemin des Anglais.

Une fois le chemin forestier passé, nous arrivons sur le chemin proprement dit : Françoise me dit alors qu'elle veut courir. Je ne suis pas très chaud car seule l'arrivée m'importe ! Françoise ne dit rien mais dès que la pente se fait plus importante, la voilà partie : elle dévale quatre à quatre cette route aux pavés inégaux.

Au début timidement pour rester derrière elle puis de plus en plus rapidement jusqu'à ma vitesse naturelle (car plus sûre que toute autre allure) je finis par dépasser Françoise qui me suit alors de très prêt.

On ne peut pas parler de compétition mais pourtant chaque concurrent doublé me donnait du coeur au ventre et me poussait à aller encore plus vite ! Dans la dernière ligne droite, avec le tapis rouge, j'aperçois nos deux lascars malpolis. Des ailes m'ont poussé et c'est avec un plaisir certes très bête voire enfantin que je les dépassais, talonné par Françoise.

Enfin, rien ne sert de courir, il faut partir à point !

Quelques pas de plus et c'était l'arrivée. La traditionnelle bise, la remise de T-Shirt, la médaille,...

Le retour à la vie normale quoi !

Benoît des Ligneris

Remerciements : je dédie cette course à Françoise (serais-je jamais arrivé ? Aurions nous jamais accompli ce rêve ?), Josette et Nicolas (merci mille fois d'avoir été là), Sylvie (maman poule), Benoît (mon Amour), Robin (si si, tu y étais, souviens toi !) et tous les bénévoles sans qui nous n'aurions jamais pu faire cela !

Quelques chiffres :
Plus de 1600 concurrents au départ
1013 concurrents à l'arrivée
Je suis arrivé 583 ème (mais l'important c'est le voyage ...) après 37h29 de course.


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